1 MILLION D’ARBRES PAR AN.

La bonne chose à faire.

Lorsque Jim McFarlane a fondé Endura en 1993, une mot était central : « solidité ». En poursuivant cette idée, Endura est devenue incontournable dans le monde des vêtements de cyclisme. « Quand nous avons débuté, le but était vraiment de protéger les cyclistes de tout ce que leur environnement pouvait leur envoyer à la figure, explique Jim McFarlane. Mais depuis, il est devenu manifeste que l’environnement est dans un état d’urgence absolue; et il est maintenant très clair qu’il n’y a pas que les cyclistes qu’il faut protéger ». En conséquence, Endura a réévalué ses priorités : « Aujourd’hui je passe davantage de temps à réfléchir à des solutions pour protéger l’environnement », dit Jim.

L’industrie textile est de plus en plus pointée du doigt en raison de ses émissions de gaz carbonique, que seule dépasse l’industrie pétrolière. La mode éphémère est décriée partout. Quant aux vêtements Endura, eux sont faits pour durer. Malgré cela, l’équipementier reconnaît qu’il reste du chemin à faire, pour l’entreprise comme pour l’industrie en général. Ils ont certes fait des efforts dans la bonne direction : leurs vêtements sont sans PFC depuis 2018, ils proposent un service de réparation, et 1% de leur profit net est reversé à des associations d’utilité publique ; mais il reste des défis considérables à relever.

L’URGENCE

« Concrètement, l’impact environnemental de notre marque vient principalement de trois choses, explique Pamela Barclay, la co-fondatrice et directrice de marque d’Endura : La teinture des tissus, l’énergie nécessaire pour faire tourner les usines, et la fin de vie du produit ». Si Endura peut contrôler les teintures, et le fait en choisissant de travailler avec des usines éthiques, l’entreprise n’a pas d’influence sur l’infrastructure énergétique chinoise et ne peut pas non plus résoudre seule le problème de la fin de vie. Ce dernier point est un défi colossal pour l’industrie. Quand, par exemple, un short Endura se retrouve dans un magasin de seconde main ou dans un point de collecte de vêtements, il a de grandes chances de connaître le même sort - très préjudiciable à l’environnement - que la majorité des autres vêtements ; à savoir qu’après avoir été envoyé dans des pays en développement pour y être réutilisé, il finira brûlé ou jeté dans une décharge.

Chez Endura, qui fait désormais partie de Pentland Group bien qu’elle soit toujours gérée localement, la recherche est en cours pour éprouver un procédé de recyclage chimique qui pourrait fonctionner à grande échelle et changer le rapport de l’industrie - et même du gouvernement britannique - au recyclage. Mais il s’agit de transformer une infrastructure qui mettra des années à changer et, comme le signale Jim McFarlane, nous n’avons tout simplement plus le temps. « Notre priorité numéro un doit être l’urgence climatique, dit-il. Une fois la banquise fondue, bonne chance pour la recongeler - c’est pour ça qu’on va planter un million d’arbres. »

PRIORITÉ AU REBOISEMENT

Alors que les émissions mondiales de gaz carboniques étaient au plus haut en 2019, une percée scientifique a révélé qu’une des façons les plus efficaces et les moins chères de retirer de grandes quantités de carbone de l’atmosphère était de planter des arbres partout dans le monde. La solution est d’une simplicité encourageante. Un rapport de recherche de l’école polytechnique fédérale de Zurich¹ indique que la reforestation n’est peut-être pas qu’une solution parmi d’autres pour combattre le changement climatique : elle pourrait être la plus efficace, et de très loin, pourvu que nous agissions vite.

Endura participe à l’effort mondial de reboisement avec son projet 1 Million d’Arbres. Attention, cela n’a rien d’une tentative isolée de faire quelques gros titres : l’entreprise prévoit de planter un million d’arbres par an pour les dix prochaines années. Ce projet est financé par une partie du budget de l’entreprise destinée jusqu’alors, entre autres, aux voyages par avion - rendus caducs par la dématérialisation des réunions mondiales annuelles, qui ont désormais lieu en ligne - et au marketing, y compris au parrainage d’équipes du WorldTour. « Nous en avons tout simplement fait une priorité, explique Pamela Barclay, parce que c’est la bonne chose à faire. Il faut faire un pas de côté et agir pour relever le défi le plus urgent, celui du changement climatique.

Nous croyons que si chaque organisation ou entreprise s’engage à planter des arbres en fonction de leur taille, nous pouvons renverser la tendance. Il n’y a rien de plus facile que planter des arbres. Il n’y a pas besoin de traités internationaux, de volonté politique ou de quoi que ce soit ; on peut juste le faire », dit-elle.

« Nous croyons que si chaque organisation ou entreprise s’engage à planter des arbres en fonction de leur taille, nous pouvons renverser la tendance. »

Au Mozambique, le projet 1 Million d’Arbres d’Endura est déjà en cours. La communauté locale s’affaire à planter des palétuviers, une variété d’arbres amphibies capables d’absorber d’énormes quantités de dioxyde de carbone, le long d’un delta. « C’est une zone protégé par l’État, explique Pamela Barclay, donc - et c’est très important - ils ne vont pas juste pousser pour être coupés à nouveau ; ils sont en sécurité ».

Cette plantation va aider à renouveler les sols, créer des emplois et ramener tous les avantages écologiques d’une mangrove, qui peut arrêter les ouragans, capturer les sédiments et servir de base à des écosystèmes fluviaux d’une importance capitale. Mais le plus important, c’est que ces arbres absorbent le dioxyde de carbone - et dans des quantités phénoménales. « Les mangroves ont un taux de séquestration du CO2 par hectare très surprenant, aussi important que celui de la forêt tropicale, dit Pamela Barclay. Elles pompent le dioxyde de carbone dans l’air - à peu près 937 tonnes de CO2 par hectare par an, ça fait plus de 12 kilos de CO2 par arbre tous les ans - et l’envoient dans leurs racines ; ça tombe sous le sens d’employer ce type d’arbres ».

Le projet est aussi mené à bien plus près de chez Endura, avec la plantation de 80 000 bouleaux locaux en Écosse, dans le seul et unique but de capturer du CO2. « Nous vivons tous sur la même planète, alors nous allons planter des arbres partout où nous pouvons le faire vite et pour pas cher, et où ils seront protégés », dit Pamela Barclay.

« Nous allons planter des arbres partout où nous pouvons - nous vivons tous sur la même planète. »

Le projet 1 Million d’Arbres est un grand pas dans la bonne direction, mais Endura ne se repose pas sur ses lauriers. « Nous travaillons toujours dur pour développer une vraie démarche durable dans notre gamme de produits et dans notre entreprise, explique la directrice, mais notre marque a encore du chemin à faire ».

UN MEILLEUR FUTUR

En plus de planter des palétuviers et des bouleaux en 2020, Endura adoptera le label MadeKind de Berghaus pour ses produits, qui favorise une production plus saine pour l’environnement du début à la fin de la chaîne, dans l’optique de labelliser presque tous les produits Endura MadeKindd’ici deux ans. Cette année également sera introduit un programme de recyclage des sachets plastiques en usage dans toute la chaîne de production, et les enquêtes se poursuivront pour trouver des options biodégradables et tenter d’utiliser davantage de matériaux recyclés dans les vêtements Endura. « Un produit bien recyclé marche très bien, dit Jim McFarlane, mais il reste quand même le problème de la fin de vie - et qui dit recyclable ne dit pas toujours effectivement recyclé.

« Nous travaillons dur pour développer une vraie démarche durable, mais notre marque a encore du chemin à faire »

Endura espère que dans vingt ans, le recyclage chimique des matériaux synthétiques sera devenu la norme. « Nous essayons d’éprouver un procédé du début à la fin, pour que notre société-mère Pentland puisse faire une proposition à l’industrie textile qu’on puisse développer ensuite. Après, l’industrie au complet devra travailler avec les différents gouvernements pour demander les bonnes infrastructures. J’en sais plus aujourd’hui que l’année dernière, mais c’est un paysage changeant - ici nous essayons de comprendre, nous ne sommes pas dans l’affirmation péremptoire, dit-il.

Mais c’est une idée puissante : recycler réduirait à la fois le volume de vêtements dans les décharges et le besoin de matières premières. C’est ça, le plus réjouissant : on peut vraiment séparer les différents matériaux, c’est une boucle de recyclage infinie, au contraire du recyclage mécanique.

FAIRE LA BONNE CHOSE

Bien sûr, « réjouissant » est subjectif. Il est facile de parler des effets aérodynamiques sensationnels de la dernière combinaison d’Endura, mais peut-être plus délicat de promouvoir les aspects prometteurs de la distillation fractionnée des vieux vêtements de vélo. Mais pour Endura, ce n’est pas le principal. « C’est complexe, brouillon et ennuyeux, dit Jim McFarlane, mais c’est la bonne chose à faire. Certes, c’est moins glorieux, mais c’est vraiment ça qui fait avancer les choses. »

« C’est complexe, brouillon et ennuyeux, mais c’est la bonne chose à faire. »

« C’est la réalité de la vie dans les coulisses, mais ce n’est pas de ça qu’on va parler dans une conférence de presse tape-à-l’œil. Cela dit, dans 20 ans, vous pourrez mettre la clé sous la porte si vous n’êtes pas capable de faire ça. Et ce sont les clients qui vont en faire la norme, pas la législation - la législation a toujours un temps de retard ».

Pour Endura, le thème récurrent est, tout simplement, faire la bonne chose. « Je n’aimerais pas me dire, en me retournant, qu’on pourrait avoir fait quelque chose et qu’on n’a rien fait ». Pamela Barclay marque une pause. « C’est vraiment ça, je crois, qui nous pousse à l’effort. Ce n’est pas du bricolage dans les coins. Ce n’est pas un gadget publicitaire. Ce n’est pas une veste faite en fil de pêche. Il faut se concentrer sur les choses qui vont vraiment faire une différence. Si on n’arrête pas le changement climatique, on n’aura bientôt même plus de Terre à nettoyer ».

FOOTNOTES

Words by Janine Doggett, Translated by Antoine Rumelhart, Photos by Eden Marketing.